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« En 10 ans, le biosourcé a multiplié par 10 sa part du marché de l’isolation ! »
Rédigé par Le Crieur Public
Le biosourcé change de dimension dans le bâtiment. Poussée par les enjeux réglementaires, environnementaux mais aussi par une demande de plus en plus concrète du terrain, la filière accélère et multiplie les solutions disponibles. A l’occasion de la 4e Journée du Biosourcé et Géosourcé pour le Bâtiment en Hauts-de-France organisée par FRD-CODEM le 18 juin prochain à Amiens, intervenants et nouveaux acteurs nous décryptent les enjeux actuels du secteur et ses dernières innovations.
L’AICB, association de professionnels de la construction biosourcée, revient sur les dynamiques et les défis actuels de la filière.
« Notre baromètre annuel de l’état du marché nous indique une croissance constante »
Comment qualifier l’état actuel et la dynamique du marché des matériaux biosourcés en France ?
Yves Hustache : « Depuis 2016, notre baromètre annuel de l’état du marché nous indique une croissance constante. Entre 2016 et 2023, nous avons ainsi constaté une hausse de 55% en valeur et de 95% en volume. Pour 2024 et 2025, le marché connaît la même tendance de croissance malgré un ralentissement du marché du bâtiment. Globalement, le biosourcé résiste mieux que les autres matériaux. Aujourd’hui, les matériaux biosourcés représentent 10% du marché de l’isolation en valeur, ce qui commence à être vraiment significatif, alors que nous étions autour de 1 à 2% en 2016. Et nous avons encore une marge de progression importante. Nous avons l’avantage de proposer une grande diversité de solutions avec des acteurs, du côté industriel, qui vont des grands groupes aux PME qui développent encore de nouvelles solutions. »
Quel sont encore les freins au développement du biosourcé ? Et les leviers d’accélération ?
Yves Hustache : « Aujourd’hui, les acteurs du terrain sont arrivés à convaincre les utilisateurs d’avoir recours au biosourcé. Maintenant, pour aller plus loin, il faut s’intéresser aux incitatifs financiers et à la réglementation qui peut obliger à aller vers le biosourcé. Les incitatifs favorisent l’utilisation des biosourcés. Pour aller plus loin dans l’intégration de ces biosourcés, il faut donc s’assurer du maintien des différents niveaux de la RE2020. Et puis nous devons porter le sujet des CEE (certificats d’économies d’énergie) bonifiés qui peuvent aussi permettre de faire progresser l’intégration des matériaux biosourcés dans le bâtiment. Ensuite, il existe bien sûr des freins techniques qui ne nous permettent pas d’accéder à certains domaines d’emploi mais nous y travaillons au sein de l’AICB avec des programmes de développement et de recherche. Il y a également tout un travail de formation à effectuer autour du biosourcé et de sa mise en œuvre. »
« Aujourd’hui, les industriels ont la capacité de doubler leur capacité de production »
La filière est donc aujourd’hui suffisamment structurée pour absorber pour répondre à une montée en puissance de la demande ?
Yves Hustache : « Absolument, les industriels ont la capacité de doubler leur capacité de production. En 2023, les volumes étaient d’environ 28 millions de m2 commercialisés. Désormais, ils sont en mesure de produire environ 60 millions de m2. Les industriels ont investi ces dernières années dans ces capacités de production pour pouvoir répondre à une augmentation de la demande liée aux niveaux de biosourcés prévus dans la RE2020. Ils anticipent aussi le décret qui en 2030 va exiger que 25% des bâtiments intègrent une part significative de biosourcé. En tout, ce sont plus de 100 millions d’euros qui ont été investis. L’objectif d’ici 5 à 10 ans sera ensuite d’augmenter la part du biosourcé dans le marché de l’isolation, c’est-à-dire d’atteindre les 20% de parts de marché. Les industriels sont prêts ! »
Le 18 juin à Amiens, l’AICB est partenaire de la Journée du Biosourcé et du Géosourcé pour le Bâtiment. Pourquoi cet événement est-il si important pour les acteurs de la filière ?
Yves Hustache : « Cette journée est essentielle parce qu’elle ne réunit pas qu’un public de personnes convaincues. Le rôle de ce rendez-vous est de pouvoir convaincre de nouveaux acteurs du secteur, des promoteurs, des artisans, de l’intérêt du biosourcé. Nous sommes cette année partenaire parce qu’il nous semble important de soutenir un événement qui permet de sensibiliser encore un peu plus à l’utilisation de nos matériaux. C’est aussi un moment d’échange important entre les différents acteurs de la chaîne de valeur. Depuis quelques années, nous voyons grandir cette Journée du Biosourcé et Géosourcé. Elle est la démonstration de la dynamique de la filière en France avec encore de nouveaux acteurs qui viennent participer à cette journée organisée par FRD-CODEM. Pour cette édition, les visiteurs pourront découvrir les dernières innovations mais aussi des produits plus matures qui permettent de répondre à une demande toujours croissante. Maîtres d’œuvre et maîtres d’ouvrage, si vous avez des projets, les solutions biosourcées existent, elles répondent au cadre réglementaire actuel. Venez les découvrir ! »
De nouveaux acteurs du biosourcé des Hauts-de-France participent à l’événement d’Amiens!
Ils nous parlent de leurs solutions…
Cette année, trois nouveaux acteurs se développant sur le territoire des Hauts-de-France viendront notamment présenter leurs innovations autour du miscanthus, du bambou et du chanvre. Ils illustrent le dynamisme croissant du biosourcé notamment dans la Région des Hauts-de-France.
Cette année, trois nouveaux acteurs se développant sur le territoire des Hauts-de-France viendront notamment présenter leurs innovations autour du miscanthus, du bambou et du chanvre. Ils illustrent le dynamisme croissant du biosourcé notamment dans la Région des Hauts-de-France.
Florence Delassus, Exploitante agricole chez SCEA Delassus
Le miscanthus
Votre solution ?
« Nous serons présents le 18 juin avec notre bloc isolant non porteur, MISCANBLOC, conçu à partir d’un granulat végétal : le miscanthus. Cette solution a été développée au sein de la marque Biosys, portée par Vicat.
Les blocs sont fabriqués à Merville (59) avec une ligne de production opérationnelle dès cet été. Les blocs pourront alors être utilisés pour de la cloison intérieure ou du doublage d’isolation, en façade non porteuse par remplissage d’une structure poteaux-poutres existante. »
Une réponse aux enjeux actuels ?
« Le MISCANBLOC permet de répondre à certains enjeux de la réglementation en incorporant près de 35 kilos de matériaux biosourcés par m2 de façade. Il allie confort d’hiver, par sa perspirance, et confort d’été, par son inertie. La technique de pose est simple à appréhender pour les artisans. Le bloc est facile à découper et à mettre en œuvre. Enfin, c’est un produit 100% fabriqué en France. »
La Journée du Biosourcé et Géosourcé pour le Bâtiment dans les Hauts-de-France ?
« Venir le 18 juin à la journée organisée par FRD-CODEM nous permettra de développer la filière du miscanthus en présentant un nouveau débouché à cette culture ! »
Pierre Vion, cofondateur et PDG de Fiboo
La fibre de bambou
Votre solution ?« A Amiens, nous présenterons le premier isolant semi-rigide en fibres naturelles de bambou. Fabriqué à Blaringhem dans les Hauts-de-France depuis décembre 2025, cet isolant comporte plus de 95% de fibres naturelles de bambou cultivé en France et en Italie. Ses avantages sont nombreux : il est le premier isolant semi-rigide résistant à l’eau, il offre des bénéfices en matière de confort d’été, de confort d’hiver et d’acoustique. »
Une réponse aux enjeux actuels ?
« La séquestration du carbone par le bambou est largement supérieure à celle du bois et sa croissance annuelle très rapide en font une ressource naturelle remarquable. Notre fibre naturelle présente des caractéristiques techniques optimales qui se retrouvent dans la qualité du produit : pas de tassement, un liant inférieur à 5%, très peu de poussière et une grande facilité de découpe. Outre ses caractéristiques techniques, c’est un isolant facile à poser pour les artisans. »
La Journée du Biosourcé et Géosourcé pour le Bâtiment dans les Hauts-de-France ?
« Pour un industriel comme Fiboo, c’est une formidable opportunité de dynamiser le réseau localement et de faire valoir la qualité et la différenciation de notre produit conçu en collaboration avec FRD-CODEM. Nous avons besoin de ce genre d’événement dans le cadre du lancement de notre commercialisation. »
Ludovic Loire, Chanvriers de l’Oise
La fibre de chanvre
Votre solution ?
« Nous produisons de la chènevotte et de la fibre de chanvre, à partir de nos parcelles agricoles situées dans le département de l’Oise. La fibre de chanvre peut être utilisée pour isoler les combles, rampants ou perdus.
Pour la mise en œuvre, nous utilisons une machine à souffler. Dans un avenir proche, nous comptons nous lancer dans la certification de cette technique pour pouvoir en étendre l’utilisation. »
Une réponse aux enjeux actuels ?
« Aujourd’hui, au sein des Chanvriers de l’Oise, nous sommes 7 agriculteurs ayant à cœur d’offrir une source d’approvisionnement durable et souveraine en matériaux biosourcés. La réglementation, les attentes du public et les événements géopolitiques actuels poussent à un approvisionnement de matériaux de construction proche et pérenne. La fibre de chanvre peut y répondre. »
La Journée du Biosourcé et Géosourcé pour le Bâtiment dans les Hauts-de-France ?
« En participant à cette J4e édition, nous souhaitons faire connaître notre projet à un plus large public et étendre nos débouchés. Nous aimerions vulgariser et étendre l’utilisation de la fibre de chanvre en tant qu’isolant. »
Maîtres d’œuvre et maîtres d’ouvrage, architectes, entreprises, économistes… C’est l’occasion d’en savoir plus sur ces solutions alternatives ! La Journée du Biosourcé et Géosourcé pour le Bâtiment en Hauts-de-France se tient le 18 juin au BATlab d’Amiens